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Kwame Nkrumah emerged as a leading nationalist figure after World War II

Ghana was the first black African country to become independent.

In 1960, Nkrumah declared Ghana a republic and himself president for life in 1964. He banned all opposition parties. He was deposed in 1966 by a military coup while on a trip to Peking. He later died in exile in Romania in 1972. There followed a period of unstable government with one coup after another, culminating in 1992 in a referendum on a multiparty system. Flight Lieutenant Jerry Rawlings, who had already led two coups against the government, was elected president. His supporters credit him with stabilising a turbulent political scene and leaving a legacy of democracy.

He retired in 2000 and President John Kufuor was elected.



1957: Ghana celebrates independence
The people of Ghana have been celebrating the end of colonial rule and the dawn of their independence.

Most workers have been given the day off - tens of thousands have gathered in the capital, Accra, to greet the independent country's first prime minister, Dr Kwame Nkrumah.

The Duchess of Kent has been attending the celebrations. Last night, she opened the Independence Monument, erected near the spot where in 1948 members of the Ghanaian ex-servicemen's union were shot when marching to present a petition to the British Governor.

The Gold Coast Legislative Assembly was prorogued at midnight to cheers from the waiting crowd outside.

This morning the Legislative Assembly building, now the building of the Ghana parliament was packed with members dressed in their national costumes. The first Governor-General of Ghana, Sir Charles Arden-Clarke has been sworn in.

Message from the Queen

The Duchess gave a speech, setting out the Ghana Government policy. She also read out a personal message from the Queen to the people of Ghana.

In it she said: "The hopes of many, especially in Africa, hang on your endeavours. It is my earnest and confident belief that my people in Ghana will go forward in freedom and justice."

In reply, Dr Nkrumah said: "My government fully realises both the advantages and the responsibilities involved in the achievement of independence. It intends to make full use of these advantages to increase the prosperity of the country."

Earlier, the British Prime Minister, Harold Macmillan, made a speech welcoming Ghana's move to independence.

"The government and people of Ghana have set their hands to a great task. We are confident whatever may be the difficulties which will face them they will maintain and develop the principles of tolerance and freedom which are inherent in our parliamentary system. We shall give them all the help we can."

 

NOIRS DANS LES CAMPS NAZIS.


Un documentaire sur un sujet méconnu : la déportation et l’ extermination des Africains et Antillais.
In Le Monde Télévision

 On ignore le nombre de celles et ceux qui furent déportés et qui moururent dans les camps de Neuengamme, de Ravensbrück, de Dora ou de Dachau, noirs de peau, originaires du Sénégal, de Côte d’Ivoire, du Congo, du Cameroun, voire de Guinée équatoriale, leurs papiers d’identité indiquaient une nationalité qui n’était pas leur – France, Belgique, Espagne, parfois Allemagne -, celle de la puissance coloniale d’alors et non de leur pays. Impossible de tenir la macabre comptabilité des Noirs internés et morts dans les camps du Reich.

John William, interprète de La Chanson de Lara et de nombreux Negro spirituals, fit partie de ces déportés, pour faits de résistance ou parce qu’ils contrevenaient aux lois nazies.

Comme le Sénégalais Dominique Mendy ou l’Allemand Théodore Michaël, noir de peau mais habitant de Berlin depuis que sa famille, originaire d’une ancienne
colonie allemande, le Tanganyika, s’y fut installée. Il rappelle que dès la promulgation des lois de Nuremberg (dont des décrets furent élaborés par un certain Glotke, qui fut, après guerre, Secrétaire d’Etat du chancelier Konrad Adenauer), juifs, tziganes et « nègres » furent les victimes désignées de la déportation et de l’extermination.

 Pour les nazis, il portaient atteinte « à la protection du sang et de l’honneur allemands ». L’existence des « bâtards de Rhénanie », fruits des amours de femmes allemandes et des soldats d’Afrique occidentale française cantonnés outre-rhin après la première guerre mondiale, constituait une humiliation de plus pour le Reich.

 Le documentaire de Serge Bilé, au delà des explications historiques fait parler des survivants égrenant anecdotes ou drames. Comme ces soldats SS, peu accoutumés à voir des personnes à la face noire, qui touchent la peau sombre des prisonniers avant de s’essuyer comme si celle-ci était sale ; comme cet Antillais qui  se  joua des SS en se faisant passer pour un médecin américain afin d’être

envoyé dans un camp de prisonnier de guerre ; comme ce gamin, guinéen, que les officiers SS s’amusèrent à habiller en « groom » avant de le tuer…

 Dans les camps, la différence de couleur de peau disparaissait , la solidarité entre enfants d’une même « patrie », fut-elle colonialiste devenant le seul viatique. Le Belge Jean Volckaerts explique ainsi qu’il dut la vie à John Vosté, né au Congo belge. Des peuples se découvrent et des enfants de métropoles et des colonies apprennent la fraternité du malheur. « Après- guerre, j’ai visité Gorée et sa maison des esclaves et je me suis sentie très proche de ces enchaînés, explique Marie-Josée Chombart de Lauwe. Nous aussi avions été de la main d’œuvre humaine, nous aussi avions été des esclaves ».
 Yves-Marie LABE
Dimanche 29 – Lundi 30 juillet 2001

 

DES NOIRS DANS LES CAMPS DE LA MORT.


In Jeune Afrique, n°1927 du 9 au 15 décembre 1997

Pendant la seconde guerre mondiale, des milliers d’Africains et d’Antillais furent déportés par les nazis. Un documentaire du journaliste ivoirien Serge Bilé s’efforce de lever cette chape d’oubli.

Après seize ans d’enquête et de procédures, le procès de Maurice Papon, l’un des derniers collaborateurs du régime de Vichy dont on examine la responsabilité dans la déportation à Auschwitz de 1690 Juifs bordelais entre le 20 Juin 1942 et le 13 Mai 1944, s’est enfin ouvert, le 6 octobre. Les jurés s’efforcent de statuer sur l’accusation de crimes contre l’humanité portée contre l’ancien secrétaire général de la préfecture de la Gironde. Le prévenu, âgé de 87 ans, risque la réclusion à perpétuité. Bien entendu, le procès ne nous apprendra sans doute pas grand chose que nous ne sachions déjà. Son intérêt réside essentiellement dans le fait que les français aient enfin entrepris cet indispensable travail de reconstruction de leur mémoire collective. Pourtant, le procès achevé et le linge sale lavé entre Français, le dossier risque de se refermer définitivement sans qu’à aucun moment le sort des Noirs impliqués dans cette tragédie ait été évoqué. Soldats, résistants, déportés dans les camps de concentration en Allemagne ou prisonniers de guerre dans les stalags de la zone occupée, de nombreux Africains et Antillais ont pourtant donné leur

jeunesse - et souvent leur vie – pour que la démocratie triomphe en Europe. Mais de ces victimes-là, il n’est jamais question.

Les « tirailleurs sénégalais » sont oubliés de la plupart des manuels scolaires. Ils ont pourtant participé aussi bien à la campagne de France (1940) qu’aux débarquements d’Italie (1943) et de Provence (1944), sans parler des maquis… Les historiens ne leur accordent pas davantage d’intérêt comme en témoignent les trop rares ouvrages qui leur sont consacrés. Même amnésie de la part des gouvernements français d’après-guerre qui ne réajustèrent les pensions des anciens combattants d’Afrique noire qu’avec lenteur et parcimonie et bloquèrent leur montant à la date des indépendances. Enfin, l ‘épopée de ces valeureux soldats au service de la puissance coloniale n’a guère laissé de trace dans la mémoire collective africaine. De temps à autre, on écrit une chanson rappelant leurs exploits, on en invite quelques uns à une cérémonie commémorative… Ils sont vieux, dispersés aux quatre coins du monde et ne disposent d’aucun lobby pour défendre leurs intérêts.

Ils disparaissent les uns après les autres sans que justice leur ait été rendue.

C’est cette chape d’oubli que le journaliste Serge Bilé a entrepris de lever, en collectant – en Allemagne, en France et au Sénégal – les témoignages des survivants pour en faire un film en 1995.

Les premiers Noirs déportés dans les camps étaient… allemands. Leurs parents, ressortissants des possessions africaines du Reich, avaient immigré au siècle dernier. Husen était du nombre. Soldat dans l’armée coloniale au Tanganyika,

ses faits d’arme lui valurent une décoration. Venu à  Berlin pour y exercer la fonction de lecteur en swahili, il s’y maria et fonda une famille.

D’autres (leur nombre est estimé à huit cent environ) étaient nés d’unions contractées par des « tirailleurs sénégalais » avec des autochtones lors de l’occupation de la Rhénanie par l’armée française après la seconde guerre mondiale. Après l ‘arrivée de Hitler au pouvoir, les lois de Nuremberg –qui visaient autant les Noirs que les Juifs, quoique les premiers fussent infiniment moins nombreux – interdirent les mariages mixtes au nom de la préservation de la pureté de la race aryenne. Husen avait eu un enfant d’une maîtresse allemande et crut de son devoir de déclarer cette naissance.

Arrêté, jugé, il fut déporté au camp d’Oranienburg-Sachsenhausen, ouvert dès 1933. Il n’en revint jamais.

Erika N’Gando, une jeune Camerounaise, avait à peine 35 ans lorsqu’elle fut déportée à Ravensbruck.

Renée Hautecoeur, arrivée au camp en février 1944, partagea quelques mois de sa captivité et se souvient d’une jeune femme totalement traumatisée, qui ne cessait de répéter : « J’ai froid, j’ai froid ».

Entassées dans des baraques, sans chauffage, sous-alimentées, les détenues de Ravensbruck étaient soumises à de nombreuses humiliations et à des travaux pénibles, tels que pousser d’immenses roues en pierre pour écraser du mâchefer. Ses camarades avaient surnommé Erika « Blanchette ».

Entassées dans des baraques, sans chauffage, sous-alimentées, les détenues de Ravensbruck étaient soumises à de nombreuses humiliations et à des travaux pénibles, tels que pousser d’immenses roues en pierre pour écraser du mâchefer. Ses camarades avaient surnommé Erika « Blanchette ». Un petit nom familier qui n’était nullement destiné à se moquer d’elle, mais au contraire à l’intégrer au groupe car la solidarité entre les femmes était plus forte que tout, raconte Renée Hautecoeur.

D’autres Noirs, certains originaires des colonies européennes en Afrique, d’autres des Antilles, ont connu la déportation. Carlos Grevkey, originaire de Fernando Po, en Guinée équatoriale, avait vécu à Barcelone. Au moment de la guerre d’Espagne, sa famille quitta la Catalogne et se réfugia en France, comme nombre de républicains espagnols, d’anti-fascistes italiens ou d’Allemands anti-hitlériens.

Quel fut son itinéraire avant sa déportation à Mautthausen ? Selon les témoignages de survivants espagnols, l’officier SS commandant le camp l’employait comme groom et l’avait affublé d’une livrée. Par la suite, Carlos tomba en disgrâce et seule la solidarité des autres déportés espagnols lui permirent de survivre aux mauvais traitements. L’un d’entre eux, qui travaillait au laboratoire du camp, parvint à sauver la photo (ci-dessus) que ses tortionnaires avaient prise de lui. Pour pouvoir témoigner, lorsque le cauchemar prendrait fin…Le chanteur John William a accepté de

L’équato-Guinéen Carlos Grevkey à Mauthausen. L’officier SS commandant le camp en avait fait son groom.

parler devant prendrait fin…Le chanteur John William a accepté de parler devant la caméra de Serge Bilé. Une évocation douloureuse. Fils d’une Ivoirienne de Grand-Bassam et d’un Français, il passa son adolescence en France. En Avril 1944, il fut accusé d’un sabotage dans l’usine de Montluçon où il était ouvrier, et déporté au camp de Neuengamme, près de Hambourg. Il avait 22 ans. Employé comme mécanicien de précision, il stupéfie ses geôliers par la couleur de sa peau (ils la touchaient fréquemment pour voir si elle ne déteignait pas) mais aussi et surtout par ses compétences.

Comment le représentant d’une race « inférieure » parvenait-il à lire un plan et à assimiler sans difficultés des données techniques, complexes ? Il fait face aux privations, aux conditions de travail extrêmement dures, au froid, avec une dizaine de camarades antillais et africains, et naturellement avec de

nombreux métropolitains. Sans la totale solidarité qui existait entre « Français », et surtout sans sa foi chrétienne, il n’aurait pas survécu.

Plus rocambolesque, s’il ne s’était achevé tragiquement, fut le parcours de Jean Nicolas.

Haïtien résidant en Martinique, il était employé à l’hôpital de Fort-de-France. Déporté sans les camps de la mort, d’abord à Buchenwald, puis à Dora-Mittelbau, il multiplie les ruses pour tenter de survivre. Dans un premier temps, il se fait appeler John Nicols et prétend être un aviateur américain espérant ainsi être pris en considération par les SS. Grâce à son aptitude pour les langues, il parvient rapidement à s’exprimer en allemand, en russe et en polonais. Et comme il possède quelques connaissances médicales, il est affecté à l’infirmerie où il sert à la fois d’interprète et d’assistant. Il sauvera ainsi la vie à plusieurs déportés.

Mais les Allemands finissent par s’interroger. Qui est dons ce curieux personnage polyglotte qui se prétend médecin américain ? N’est-ce pas un espion ? Malgré ses stratagèmes, Jean Nicolas partage le lot commun de ses camarades. Sa santé décline. Après la libération du camp, il est évacué sur l’hôpital américain de Neuilly, les poumons ravagés par la tuberculose. Il s’éteint le 4 septembre 1945 à l’hôpital Saint-Antoine à Paris, hanté par les scènes d’horreur qu’il vient de vivre. La mode est, on le sait, aux excuses. En France, en Allemagne, en Suisse, les autorités demandent pardon aux survivants de l’Holocauste et à leurs familles. Mais Husen, Erika, Carlos, John, Jean et beaucoup d’autres dont l’Histoire n’a pas livré le nom n’ont-ils pas droit, eux aussi, à des excuses ? Catherine Akpo

 

Amnésie et Négation : Ces Noirs Déportés et Exterminés par les Nazis


Pour le bien de l’humanité, ou malheureusement d’une infime élite de celle-ci, la barbarie industrielle est aujourd’hui criminalisée et un travail de mémoire laborieux est entrepris par des organisations nationales et internationales pour doter la planète de garde-fous, d’antidotes contre le versant obsessionnellement destructeur de l’Homme. A cette aune le passif du nazisme a fait et continu de faire l’objet d’une activité collective intense de lutte contre l’oubli, de réhabilitation des victimes, de réparations. Mais toutes les victimes, noires y compris, sont-elles traitées avec les mêmes égards, ne perçoit-on pas dans les entrelacs d’une reconnaissance sélective la négation se nicher au cœur même des nobles velléités rédemptrices de l’humain ?

L’Allemagne hitlérienne a fait la démonstration à grande échelle du délire collectif auquel mène la croyance dans la supériorité raciale, son institutionnalisation dans un appareil d’Etat mû par elle et déterminé à appliquer une utopie eugéniste à la gestion de la cité. Particularité de cette barbarie, elle a ravagé tout en les distinguant les races, blanche et noire classifiées en dessous de l’étalon aryen dont l’Allemand était le plus parfait représentant. A la différence notable de la Traite négrière, déportationniste, concentrationnaire, plus longue et plus meurtrière, aux effets de long terme destructeurs et déstructurants affectant la constitution psychique des individus et les structures mentales et matérielles des sociétés Africaines, Américaines et Caribéennes, mais qui par sacro-sainte biblique définition ne violenta et ne violentera que les Noirs. Les déportations et exterminations nazies ont ainsi frappé les Tsiganes, les Juifs, et…les Noirs, Africains et Antillais. Pourtant dans l’évocation contemporaine du nazisme sur les territoires reconnus du labour de la mémoire universelle, dans les manuels scolaires, la grande masse des travaux de recherches, les Noirs sont étrangement absents, nulle part mentionnés, cités comme tels, afin que les humains comprennent l’essence même de la folie de la classification en inférieur-supérieur des races, de toutes les races.

Or tout se passe comme si, la hiérarchisation des races qui pourtant a fait tant de victimes, tant de dommages et qui continue de hanter les relations internationales, les luttes pour la terre, la peur de la domination et l’anticipation de la violence par la même violence amplifiée, cette hiérarchisation raciale est appliquée scrupuleusement dans la reconnaissance-méconnaissance des crimes du nazisme, des crimes contre l’humanité. Les peuples noirs de peau depuis longtemps niés à l’humanité eurocentrique le sont aussi dans l’épreuve historique qui en a fait des victimes incomparables des barbaries négrières, coloniales, et singulièrement hitlérienne.

Il n’y a pas meilleur façon de donner raison au Führer du IIIème  Reich…que de nier, adoucir, passer sous silence, omettre les violences, tortures, déportations, exterminations nazies contre les non aryens, parmi lesquels les Noirs, parents pauvres de la mémoire collective dite universelle.

Les témoignages ne manquent pourtant pas, de première main, les rescapés du nazisme, Africains, Antillais ont depuis longtemps instruit les historiens sur le sort fait aux Noirs par l’Allemagne hitlérienne.

En effet les milliers de populations noires de peau qui se sont retrouvées cernées par le nazisme dans les années 30 du 20ème siècle occidental provenaient de deux foyers principaux : les populations immigrées en provenance des possessions coloniales allemandes et qui vivaient légalement en Allemagne, et la progéniture allemande des soldats de l’armée coloniale française -soldats abusivement appelés tirailleurs sénégalais- qui avaient occupé la Rhénanie conformément aux dispositions du Traité de Versailles. A côte de cette population noire native ou immigrée qui se trouvait en Allemagne quand le pouvoir nazi s’y instaura, d’autres Noirs furent déportés dans les camps de concentration, capturés parmi les troupes combattantes alliées ou raflés, arrêtés autoritairement dans les territoires conquis par l’Allemagne à l’exemple de la France, et envoyés dans les camps de la mort.

Des Congolais, Equato-guinéens, Camerounais, Ivoiriens, Haïtiens se retrouvèrent dans l’horreur concentrationnaire de Neuengamme, de Ravensbrück, de Dora, de Dachau avec des histoires personnelles diverses et quelques fois extraordinaires, la barbarie et la souffrance humaines étant leur lourd lot commun.

Erika NGando, était une jeune Camerounaise de 35 ans lorsqu’elle fut déportée à Ravensbruck. Elle souffrait énormément du froid, des humiliations, de l’extrême pénibilité des travaux, des conditions d’entassement dans lesquelles les nazis avaient jeté les détenues. Sous-alimentées, surexploitées, sans chauffage, c’était le rêche quotidien des détenues, tel qu’en témoigne Renée Haute cœur qui partagea quelques mois de la captivité de Ngando et qui fut marquée par une femme traumatisée, fragilisée, écrasée.

Husen, lui était ressortissant de la possession allemande du Tanganyika, soldat émérite qui s’était installé à Berlin où il avait fondé une famille, eu l’honneur d’une décoration et y exerçait la profession de lecteur en Swahili. Lorsque les lois de Nuremberg interdisant les mariages mixtes au nom de la préservation de la pureté aryenne furent promulguées, il crut bon de déclarer la naissance de son fils issu d’une relation avec une allemande. La sanction tomba imparable. Il fut arrêté, jugé, puis déporté au camp d’Oranienburg-Sachsenhausen, ouvert dès 1933 d’où jamais il ne revint.

Il faut savoir que les enfants afro-allemands, en grande partie fruits des relations entre soldats africains des troupes coloniales occupant la Rhénanie et femmes allemandes autochtones, subirent un programme de stérilisation de masse pour éviter que leur sang ne se mêla à celui des pures aryennes… La propagande du moment chauffée au puritanisme racial parlait des Bâtards de Rhénanie comme d’une véritable ignominie, une déchéance collective…

Les cas de Carlos Grevkey, originaire de Fernando Po est assez original. Son parcours jusqu’à sa déportation à Mauthausen est difficile retracer, on sait qu’il vécu à Barcelone, et qu’au moment de la guerre d’Espagne, sa famille quitta la Catalogne pour se réfugier en France, comme nombre de républicains espagnols. Aux dires des survivants espagnols, l’officier SS commandant le camp l’employait comme groom. Cet état de grâce [?] prit pourtant fin et Carlos connut les traitements inhumains équivalents à ceux des autres déportés espagnols dont la solidarité lui permit de survivre tant bien que mal.

Plutôt rocambolesque est l’histoire de Jean Nicolas déporté Haïtien qui rendit l’âme à peine passées les portes de la libération, alors qu’il avait survécut à l’horreur des camps mais trop affaiblit, malade, mourant. Résidant  en Martinique et employé à l’hôpital de Fort-de-France, il fut déporté dans les camps de la mort, à Buchenwald, puis à Dora-Mittelbau. Il dût sa survie à son imagination débordante et à ses innombrables subterfuges, se présentant d’abord comme John Nicols, aviateur américain, puis usant plus tard de ces aptitudes dans l’apprentissage des langues, il se familiarisa à l’allemand, au russe et au polonais, et fut affecté à l’infirmerie pour y servir à la fois d’interprète et d’assistant, fort de quelques connaissances médicales en sus ! Il parvint ainsi à sauver la vie de plusieurs déportés. Mais la méfiance des Allemands l’emporta et, suspecté d’espionnage, il termina dans les camps, y côtoyant le commun des déportés et détenus, sa santé déclina alors et il s’éteint à Paris après la libération, le 04 septembre 1945 terrassé par une tuberculose. 

Sans prétendre à l’exhaustivité, les témoignages relatifs au déporté congolais John Vosté,
au Sénégalais Dominique Mendy ou à l’Allemand Théodore Michaël, noir de peau mais habitant de Berlin depuis la lointaine installation de sa famille originaire du Tanganyika sont tous aussi instructifs les uns que les autres, un cas emblématique est celui du chanteur ivoiro-français John William.
Fils d’une Ivoirienne de Grand-Bassam et d’un Français, il passa son adolescence en France et en Avril 1944, accusé de sabotage dans l’usine de Montluçon où il était ouvrier, il fut déporté au camp de Neuengamme, près de Hambourg. Agé de 22 ans, employé comme mécanicien de précision, la couleur de sa peau devint vite une attraction pour ses geôliers -les Allemands ne se lassaient pas de la toucher pour s’assurer qu’elle ne déteignait pas-, mais c’est surtout l’aisance et la technicité d’un Noir par définition de race inférieur qui plongeait les surveillants dans la perplexité. C’est à sa grande foi religieuse et à la solidarité de ses co-détenus qu’il dut sa survie et sa résistance à l’innommable négation humaine.

Ces histoires personnelles sont partie intégrante du crime contre l’humanité perpétré par le régime hitlérien. La mémoire collective occidentale mais aussi africaine et mondiale a complètement occulté ce pan de la barbarie négrophobe, malgré une existence attestée en faits, témoignages, écrits. Tout se passe comme s’il devait exister une discrimination négative au sein de la communauté des victimes du nazisme et des barbaries humaines. A moins qu’ils en soient des victimes comme de leurs descendants, présences non visibles, histoire révisée, humanité méconnue, crimes niés ! 

La question des Noirs dans les camps de concentration a été mise en documentaire avec à propos par le journaliste Serge Bilé qui a contribué à faire reconnaître cette réalité oubliée et niée. Pour en savoir plus : http://www.serge-bile.com/noirs_camps_mort.htm

Un article tiré de Le Monde Télévision fait référence au documentaire de Serge Bilé: Noirs dans les Camps, Yves-Marie Labe, Dimanche 29-Lundi 30 juillet 2001


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